L'article de Martha C. Nussbaum a beau affirmer certains principes sans trop de justification, et apparaître ainsi (peut être) un peu antipathique, il est éclairant sur plusieurs points.
Il souligne, entre autres, l'importance d'un enseignement solide en culture générale et artistique pour une culture d'entreprise innovante, un pays productif, des institutions fortes au sein d'un état démocratique.
Voici quelques extraits pour vous donner envie de le lire :
si nous n’avons pas appris à imaginer chez l’autre des facultés intérieures de pensée et d’émotion, alors la démocratie est vouée à l’échec, car elle repose précisément sur le respect et l’attention portés à autrui, sentiments qui supposent d’envisager les autres comme des êtres humains et non comme de simples objets.
des pays du monde entier produiront bientôt des générations de machines utiles, dociles et techniquement qualifiées, plutôt que des citoyens accomplis, capables de réfléchir par eux-mêmes, de remettre en cause la tradition et de comprendre le sens des souffrances et des réalisations d’autrui.
L’innovation suppose des esprits souples, ouverts et créatifs ; la littérature et les arts cultivent ces capacités. Quand elles sont absentes, la culture d’entreprise s’étiole rapidement. On embauche plus volontiers des diplômés ayant une formation généraliste que des étudiants plus spécialisés, parce qu’ils sont réputés avoir la souplesse et la créativité nécessaires à l’entreprise. Quand bien même notre seul souci serait la croissance économique, nous devrions malgré tout protéger l’enseignement humaniste et général.
Pour être un citoyen responsable, toutefois, il faut tout autre chose : être capable d’évaluer les preuves historiques, de manier les principes économiques et d’exercer son esprit critique, de comparer différentes conceptions de la justice sociale, de parler au moins une langue étrangère, de mesurer la complexité des grandes religions du monde.
il ne suffit pas au citoyen démocratique d’être informé. Il lui faut faire l’expérience participative du discriminé, ce que permettent la littérature et le théâtre. On peut déduire de leurs réflexions que les écoles et les universités qui négligent les arts négligent les possibilités de favoriser la compréhension démocratique.
Mais les arts contribuent aussi à autre chose. En générant un plaisir lié à des actes de compréhension, de subversion et de réflexion, les arts produisent un dialogue supportable et même attrayant avec les préjugés du passé, et non un dialogue caractérisé par la peur et la défiance.
Dans toute démocratie moderne, l’intérêt national exige une économie forte et une culture d’entreprise florissante. Une économie prospère requiert quant à elle les mêmes aptitudes que la citoyenneté, et c’est pourquoi les tenants de ce que j’appelle “l’éducation à but lucratif” ou “l’éducation pour la croissance économique” ont adopté une conception appauvrie de ce qui est nécessaire pour parvenir à leurs fins. Mais, dans la mesure où une économie forte est un moyen au service de finalités humaines et non une fin en soi, cet argument est moins important que la stabilité des institutions démocratiques. La plupart d’entre nous ne choisiraient pas de vivre dans un pays prospère qui aurait cessé d’être démocratique.
Tuesday, July 27, 2010
Saturday, July 3, 2010
Le divertissement selon Pascal
Le divertissement (Les Pensées)
133
Divertissement.
Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser.
134
Nonobstant ces misères il veut être heureux et ne veut être qu’heureux, et ne peut ne vouloir pas l’être. Mais comment s’y prendra(-t-)il. Il faudrait pour bien faire qu’il se rendît immortel, mais ne le pouvant il s’est avisé de s’empêcher d’y penser.
Vous pouvez trouver plus de textes ici.
133
Divertissement.
Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser.
134
Nonobstant ces misères il veut être heureux et ne veut être qu’heureux, et ne peut ne vouloir pas l’être. Mais comment s’y prendra(-t-)il. Il faudrait pour bien faire qu’il se rendît immortel, mais ne le pouvant il s’est avisé de s’empêcher d’y penser.
Vous pouvez trouver plus de textes ici.
Wednesday, June 23, 2010
Lapices / crayons / pencils

Image très émouvante sur leur désir d'obtenir une (bonne) éducation et la volonté et la détermination dont ils feront preuve pour la recevoir.
Elle me fait également penser au film "Stand and deliver" où le professeur Escalante dit à l'un de ses élèves de s'"armer" d'un crayon.
Wednesday, December 30, 2009
Open, do the world will be a better place?
Vous avez peut être lu l'article posté sur le blog de Google concernant leur politique en matière d'open (source).
Il s'agit bien entendu d'un article de propagande, il ne faut donc pas s'étonner si les mauvaise pratiques sont illustrées par celles des voisins et les bonnes par celles de Google.
Si nous étions très optimistes, nous pourrions penser que l'open nous conduirait vers un monde sans publicité (un des moyens de rémunération de Google), et les utilisateurs ne feraient que des choix basés sur les caractéristiques des produits et ne seraient pas influencés par des stratégies de marketing. Ceci ne sera probablement pas le cas au 21ème siècle et la publicité restera le moyen phare de financement de beaucoup de sociétés.
Mais si l'open ne nous conduit pas à un monde aussi merveilleux que celui sans publicité, il nous conduira sans doute vers un monde avec des produits plus innovants. Sera-t-il pour autant meilleur ? Cela dépend de la contrepartie que nous aurons à payer : s'il faut mettre une affiche parlante de Google sur son réfrigérateur, nous aurons probablement dégradé notre monde...
Ici intervient, entre autres, la question du choix dont parle l'article (nous aurons connaissance des règles d'utilisation des produits, nous pourrons alors choisir de les utiliser ou pas). Aura-t-on vraiment le choix ? Nous pouvons déjà nous poser la question au présent : a-t-on vraiment le choix ? Prenons l'exemple de l'aviation, je connais les conditions de vente des billets d'avions et elles ne me paraissent pas satisfaisantes, mais ai-je le choix pour un vol trans-Atlantique ?
Il me semble donc que dans le futur, nous aurons probablement le même type de choix qu'aujourd'hui : ceux des grandes entreprises qui collectent malgré nous des informations personnelles, parfois plus innovants, et des produits open source, développés par la communauté, libres de contraintes financières et qui sont parfois d'un peu moins bonne qualité.
Enfin, un point crucial est totalement absent de l'article : la sécurité. Les gens de chez Google pensent-ils que nous pouvons leur faire confiance pour la beauté de leurs yeux (enfin, lunettes) ? Quelle est leur politique sur ce point ? Mettent-ils tout en œuvre pour protéger nos données ?
Ainsi la stratégie de Google semble peut-être plus acceptable que d'autres, mais elle reste une stratégie commerciale pour une entreprise à but lucratif. Ainsi je me garderai bien de donner crédit à leur volonté d'amélioration de notre monde (non défini d'ailleurs !) si ceci passe avant leurs bénéfices.
Il s'agit bien entendu d'un article de propagande, il ne faut donc pas s'étonner si les mauvaise pratiques sont illustrées par celles des voisins et les bonnes par celles de Google.
Si nous étions très optimistes, nous pourrions penser que l'open nous conduirait vers un monde sans publicité (un des moyens de rémunération de Google), et les utilisateurs ne feraient que des choix basés sur les caractéristiques des produits et ne seraient pas influencés par des stratégies de marketing. Ceci ne sera probablement pas le cas au 21ème siècle et la publicité restera le moyen phare de financement de beaucoup de sociétés.
Mais si l'open ne nous conduit pas à un monde aussi merveilleux que celui sans publicité, il nous conduira sans doute vers un monde avec des produits plus innovants. Sera-t-il pour autant meilleur ? Cela dépend de la contrepartie que nous aurons à payer : s'il faut mettre une affiche parlante de Google sur son réfrigérateur, nous aurons probablement dégradé notre monde...
Ici intervient, entre autres, la question du choix dont parle l'article (nous aurons connaissance des règles d'utilisation des produits, nous pourrons alors choisir de les utiliser ou pas). Aura-t-on vraiment le choix ? Nous pouvons déjà nous poser la question au présent : a-t-on vraiment le choix ? Prenons l'exemple de l'aviation, je connais les conditions de vente des billets d'avions et elles ne me paraissent pas satisfaisantes, mais ai-je le choix pour un vol trans-Atlantique ?
Il me semble donc que dans le futur, nous aurons probablement le même type de choix qu'aujourd'hui : ceux des grandes entreprises qui collectent malgré nous des informations personnelles, parfois plus innovants, et des produits open source, développés par la communauté, libres de contraintes financières et qui sont parfois d'un peu moins bonne qualité.
Enfin, un point crucial est totalement absent de l'article : la sécurité. Les gens de chez Google pensent-ils que nous pouvons leur faire confiance pour la beauté de leurs yeux (enfin, lunettes) ? Quelle est leur politique sur ce point ? Mettent-ils tout en œuvre pour protéger nos données ?
Ainsi la stratégie de Google semble peut-être plus acceptable que d'autres, mais elle reste une stratégie commerciale pour une entreprise à but lucratif. Ainsi je me garderai bien de donner crédit à leur volonté d'amélioration de notre monde (non défini d'ailleurs !) si ceci passe avant leurs bénéfices.
Tuesday, November 10, 2009
L'art de poésie / This Craft of Verse
Ce livre de Borges (L'art de poésie) est vraiment une merveille ! Quel plaisir de le lire ! Vous pouvez également écouter les conférences en aglais.
Il y a d'abord beaucoup d'exemples d'origines très diverses : de la poésie anglaise du 9ème siècle, de la poésie persane, latino-américaine, ... C'est un excellent exercice d'enrichissement culturel. En plus, notre esprit se trouve émerveillé par des exemples sublimes.
Puis les thèmes abordés vont bien au-delà de la poésie : la poésie dans la prose, la poésie dans les traductions (ou la traduction des poésies), l'écriture et la communication en général.
Les passages personnels concernant l'écriture selon Borges, sont comme une confession très touchante et un point de vue très intéressant.
Au final, nous avons des exemples de poésie venant des quatre coins du monde et de périodes très différentes et le discours de Borges qui est lui-même rempli de poésie et d'amour pour la poésie. Le résultat est vraiment d'une grande beauté.
Il y a d'abord beaucoup d'exemples d'origines très diverses : de la poésie anglaise du 9ème siècle, de la poésie persane, latino-américaine, ... C'est un excellent exercice d'enrichissement culturel. En plus, notre esprit se trouve émerveillé par des exemples sublimes.
Puis les thèmes abordés vont bien au-delà de la poésie : la poésie dans la prose, la poésie dans les traductions (ou la traduction des poésies), l'écriture et la communication en général.
Les passages personnels concernant l'écriture selon Borges, sont comme une confession très touchante et un point de vue très intéressant.
Au final, nous avons des exemples de poésie venant des quatre coins du monde et de périodes très différentes et le discours de Borges qui est lui-même rempli de poésie et d'amour pour la poésie. Le résultat est vraiment d'une grande beauté.
Thursday, October 1, 2009
La balance...
Sunday, August 16, 2009
Love is my sin
Il y a quelque temps j'ai vu une mise en scène de certains sonnets de Shakespeare aux Bouffes du Nord.
Elle était raffinée, profonde, touchante et troublante.
Mon anglais n'étant pas des meilleurs et n'aimant pas lire les sous-titres, je voulais retrouver les textes pour lire ceux qui m'avaient le plus plu et ceux que je n'avais pas compris, les voici.
Pour vous donner envie de les lire:
Shakespeare's Sonnet 142: Love Is My Sin, And Thy Dear Virtue Hate
Loving you is my sin, and your best virtue is hatred: hatred of my sin, based on your own illicit loving. But oh, compare your own position with mine and you will find that I don't deserve to be reprimanded, or if I do, not from your lips, that have given as many sinful kisses and made as many false promises as mine have. We have both cheated in our marriages. If it's fair for me to love you as much as you love those you lust after, while I lust after you, allow pity to be rooted in your heart so that when it grows you'll also deserve to be pitied. If you expect to carry on with your illicit affairs and be pitied at the same time, you may be denied because of the example you are setting.
Elle était raffinée, profonde, touchante et troublante.
Mon anglais n'étant pas des meilleurs et n'aimant pas lire les sous-titres, je voulais retrouver les textes pour lire ceux qui m'avaient le plus plu et ceux que je n'avais pas compris, les voici.
Pour vous donner envie de les lire:
Shakespeare's Sonnet 142: Love Is My Sin, And Thy Dear Virtue Hate
Loving you is my sin, and your best virtue is hatred: hatred of my sin, based on your own illicit loving. But oh, compare your own position with mine and you will find that I don't deserve to be reprimanded, or if I do, not from your lips, that have given as many sinful kisses and made as many false promises as mine have. We have both cheated in our marriages. If it's fair for me to love you as much as you love those you lust after, while I lust after you, allow pity to be rooted in your heart so that when it grows you'll also deserve to be pitied. If you expect to carry on with your illicit affairs and be pitied at the same time, you may be denied because of the example you are setting.
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